«Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres.» - Pierre Bourgault
« […] ce que le peuple n’a pu gagner un jour, il n’y renonce jamais et finit toujours par l’obtenir. » - Louis-Joseph Papineau

mercredi 24 septembre 2008

Élections fédérales : Les représentations québécoises au sein des partis politiques





Les faits saillants
- Prépondérance prononcée des hommes au Parti conservateur et au Bloc québécois;
- Nombreux candidats chevronnés au Bloc québécois;
- Candidats essentiellement inexpérimentés au NPD et au PLC
;
- Formation académique des candidats globalement comparable;
- PCC tourné vers le monde des affaires;
- PLC et BQ se rapprochent d’une représentativité équilibrée de la population;
- NPD investit par la fonction publique et par les travailleurs communautaires.

Sources : Sites officiels des quatre partis politiques

Le Parti libéral, le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique disposent de 75 candidats. Le Parti conservateur, quant à lui, ne présente pas de candidat dans Portneuf-Jacques-Cartier - la circonscription représentée par André Arthur - ce qui porte ses candidatures québécoises à 74.
Par ailleurs, au moment de la compilation des informations, le curriculum de 19 candidats néodémocrates n’était pas disponible ; les données du NPD ne concernent donc que 56 candidats.

lundi 22 septembre 2008

Élections fédérales : Aurons-nous un gouvernement de coalition?

Lors d'une entrevue accordée lundi au réseau CTV, le chef du Nouveau parti démocratique, Jack Layton, a révélé qu'il pourrait accepter de former un gouvernement de coalition avec les libéraux de Stéphane Dion pour contrer la victoire de la droite conservatrice incarnée par les troupes de Stephen Harper. Cette possibilité ayant rarement été envisagée lors des campagnes électorales canadiennes, analysons-la sommairement.

Avant tout, il est nécessaire d'exposer les particularités d'un gouvernement élu démocratiquement. Pouvant être désigné comme étant majoritaire, s'il obtient une majorité de sièges au parlement, ou minoritaire, s'il ne fait élire qu'un plus grand nombre de candidats par rapport à ses adversaires, le gouvernement sera constitué des représentants d'un ou de plusieurs organisations politiques (parti unique ou coalition).

Il importe aussi de rappeler que la formation du gouvernement au Canada possède une longue tradition favorable au gouvernement majoritaire, l'expérience des gouvernements minoritaires relevant de l'exception ; les gouvernements fédéraux canadiens formés d'un seul parti politique ont quant à eux toujours été préférés aux coalitions, sauf en 1917. Les politologues imputent cette tendance à notre mode de scrutin majoritaire, lequel permet aux grands partis (PCC et PLC) de battre leurs concurrents en bénéficiant des distortions entre les résultats électoraux et la répartition des sièges parlementaires. Ces « primes au vainqueur », qui mènent à la liberté d'action législative procurée par les gouvernements majoritaires, pousseraient les partis à écarter les coalitions. Ainsi, le parti politique arrivant premier lors des élections remporte généralement suffisamment de sièges pour former la majorité.

Quand est-il des autres gouvernements issus du même mode de scrutin dans le monde? Selon une étude portant sur les systèmes parlementaires majoritaires entre 1972 et 2002, les résultats abondent dans le même sens qu'au Canada :
  • 71% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Angleterre, Canada, Québec)
  • 21% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Inde, Saskatchewan en 1999)
  • 7% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Canada en 2006, Québec en 2007)
  • 2% de cas - Gouvernement de coalition minoritaire
Une étude similaire appliquée aux systèmes proportionnels et mixtes prouvent que les stratégies électorales varient vraisemblablement, entre autres, en fonction des modes de scrutin, les résultats différant de l'étude précédente :
  • 12% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Allemagne en 2002)
  • 56% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Israël, Belgique, Nouvelle-Zélande en 2002)
  • 16% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Norvège, Suède)
  • 15% des cas - Gouvernement de coalition minoritaire (Pays-Bas en 2002, Lituanie en 2006)
La suprématie du gouvernement majoritaire dirigé par un seul parti au Canada s'explique également par la propension du mode de scrutin majoritaire à générer des gouvernements stables et inflexibles. En dépit de ces dispositions, la sympathie des Canadiens à l'égard des gouvernements minoritaires, qui ont vécu cette expérience dernièrement, laquelle requérait la collégialité et les consensus, pourrait nourrir l'idée d'une coalition entre certains partis politiques. En 1980, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau, qui aspiraient déjà à un gouvernement majoritaire, souhaitaient que les néodémocrates forment une coalition avec eux. Peu représenté dans l'Ouest, contrairement au NPD, le PLC se souciait de l'unité apparente du pays dans la foulée du conflit constitutionnel avec le Québec ; la coalition aurait donné l'impression que les députés canadiens pouvaient être solidaires sur le plan politique. Le chef du NPD de l'époque, David Lewis, avait décliné le pacte libéral.

Pour en revenir à l'actualité, la stratégie néodémocrate viserait à limiter la division des partis positionnés au centre et à la gauche de l'échiquier politique dans le but de freiner la montée des conservateurs. D'autant plus que ces derniers se rapprochent d'un éventuel gouvernement majoritaire (155 sièges) qui leur offrirait les moyens de déposer des projets de loi et de les adopter sans se soucier de l'opposition. Afin de vérifier si le partenariat entre le PLC et le NPD est réaliste et réalisable, il peut être intéressant de comparer les prévisions électorales publiées sur certains sites Web dont la méthodologie a déjà été éprouvée.

DemocraticSpace (20 septembre)
PCC 144 sièges
NPD/PLC 121 sièges (89+32)

Election Prediction Projet (20 septembre)
PCC 111 sièges
NPD/PLC 91 sièges (73+18)

Election Stock Market (22 septembre)
PCC 147 sièges
NPD/PLC 125 sièges (83+42)


Pour le moment, compte tenu des présentes prévisions, la coalition ne serait pas à même de former le gouvernement, mais l'annonce d'une entente formelle pourrait inciter les électeurs verts et bloquistes à se tourner vers elle. La popularité de Jack Layton - un sondage effectué en septembre signalait que les Canadiens considéraient que le chef néodémocrate ferait un meilleur premier ministre que Stéphane Dion - confiné au troisième rang et la déroute appréhendée par les libéraux pourraient exercer des pressions de parts et d'autres.

jeudi 11 septembre 2008

Élections fédérales : Vote raisonné ou raisonnable?

Le billet d'aujourd'hui, dont les thèmes ont été traités par Renart L'éveillé dernièrement, se penche sur l'abstentionnisme et le vote stratégique au Canada.

En cette période électorale, bon nombre d'électeurs se questionnent sur la pertinence d'exercer leur droit de vote.

Voter ou s'abstenir?
À cet égard, commençons par évaluer les coûts et les bénéfices du vote selon la théorie du choix rationnel. D'un côté, le temps alloué à la collecte d'informations menant à la prise de décision et le temps consacré aux déplacements et à l'attente au bureau de scrutin le jour du vote sont des coûts relativement faibles. De l'autre côté, l'apport anticipé des politiques proposées par les partis s'avère être l'un des bénéfices majeurs pour l'électeur. Il importe cependant de souligner que cet apport n'est tangible que si les partis annoncent des engagements différents les uns des autres et si les partis réussissent à rejoindre les véritables préoccupations du citoyen. De plus, la victoire du parti dans la circonscription doit être incertaine pour que l'électeur ait des raisons d'aller voter, sans quoi son vote sera futile dans un mode de scrutin pluralitaire uninominal comme le nôtre. Dans le même sens d'idée, le second bénéfice se matérialise si le suffrage de l'électeur est décisif. Pour que ce dernier le soit, son vote devra faire une différence, ce qui est rarissime. En effet, un vote n'est décisif que lorsque le seul suffrage de l'électeur permet au candidat d'être élu à la majorié simple ou absolue. Cette situation ne survient pratiquement jamais puisqu'elle nécessite une égalité préalable presque parfaite entre les partis (vote décisif = victoire du candidat par une seule voix de majorité).

Face à des coûts négligeables et à des bénéfices presque nuls, l'électeur rationnel serait théoriquement porté à s'abstenir de voter. Pourtant, force est de constater que la majorité des électeurs participe aux élections. Pour justifier cette réalité, certains penseurs soutiennent que les citoyens se prévalent de leur voix pour ne pas miner le taux de participation et la démocratie. D'autres affirment que si tous les électeurs étaient rationnels, ils n'iraient pas voter en raison de ces bénéfices insignifiants ; un seul vote ferait alors la différence, ce qui convaincrait plus d'un citoyen de s'exprimer par la voie électorale. Finalement, quelques auteurs défendent l'idée selon laquelle le « bon citoyen » a le devoir moral de voter, au nom du bien commun et de la viabilité du processus démocratique.

En revanche, si l'électeur décide de participer, il devra réfléchir au sens qu'il souhaite attribuer à son vote. Attardons-nous à ses possibilités.

Sincérité ou stratégie?
Le « vote sincère » se définit comme étant un vote accordé au candidat d'un parti que l'électeur privilégie pour des raisons idéologiques, partisanes et/ou normatives. Le « vote stratégique », lui, est un vote qui tient compte des préférences de l'électeur, mais qui anticipe aussi le résultat des élections (prévisions) pour être « efficace ». Il est également appelé le « vote calculateur ».

De ce fait, l'électeur-stratège n'est pas rationnel selon la théorie présentée dans la première partie du billet puisqu'il croit à tort que son vote sera décisif. Par ailleurs, cet électeur devra être très bien informé pour agir selon cette logique. Pour ces raisons, d'après les travaux d'André Blais (1988, 1993, 1997, 2000), professeur en études électorales à l'Université de Montréal, le vote stratégique est marginal ; il ne concernerait qu'entre 3 et 5% des électeurs canadiens. Blais explique ce constat empirique en arguant que les partisans des tiers partis surestiment les chances de ceux-ci et évitent donc de songer à voter stratégiquement. Il remarque aussi que l'intensité des préférences était bien souvent trop élevée pour que les partisans ne délaissent leur premier choix au profit d'un vote stratégique.

Suggestions aux indécis
Étant donné que le mode de scrutin canadien n'est pas proportionnel et que votre vote n'aura un impact qu'au niveau local, observez la situation de votre circonscription électorale avant de prendre votre décision.

- Si vous résidez dans une circonscription de type « château fort » (la partie est jouée d'avance) et que le candidat du parti qui domine largement les autres ne figure pas parmi vos préférences, vous pouvez voter pour le parti qui se rapproche de vos intérêts ou de vos idéaux sans vous soucier des résultats (« vote sincère »). Même si votre suffrage n'aura aucune effectivité, une prime annuelle de 1,75$ sera versée à l'organisation ayant obtenu votre vote en vertu de la règle sur le financement des partis politiques. Rappelez-vous qu'un tout autre vote de votre part n'aurait eu aucune incidence sur la réélection du candidat sortant.

- Si vous résidez dans une circonscription où la lutte est serrée entre un candidat d'une organisation que vous ne voulez pas voir gagner et un candidat d'un parti que vous respectez , il est primordial de voter pour ce dernier (« vote stratégique »). Bien que votre vote ne sera déterminant que si l'écart entre les deux partis est infime, il est préférable de ne pas courir le risque d'appuyer un tiers parti.

- Si vous résidez dans une circonscription où la lutte est serrée entre des candidats de partis que vous n'affectionnez pas particulièrement, vous pouvez octroyer votre vote au candidat qui risque de ne pas vous incommoder (« le moins pire »), ce qui pourrait empêcher le(s) candidat(s) indésirable(s) d'être porté(s) au pouvoir.

jeudi 4 septembre 2008

Élections fédérales : Pourquoi le PCC n'écrase-t-il pas aisément le PLC?

Il est légitime de se demander ce qui limite l'ascension des conservateurs de Stephen Harper dans un contexte où les libéraux sont « dirigés » par un Stéphane Dion très impopulaire et un Bloc québécois en mal d'inspiration.

Indécis, les électeurs ont toutes les raisons d'être dubitatifs ; le problème des deux principaux partis canadiens se fonde dans leurs grandes faiblesses respectives.

D'une part, le bilan libéral en relations internationales n'a pu être apprécié pleinement que lors du présent règne conservateur, lequel fut désastreux dans ce domaine. Pour cause, le rayonnement du Canada dans le monde a souvent nécessité des stratégies différentes de celles des États-Unis. Or, Harper et son équipe ont rejeté Kyoto et ont décuplé les budgets militaires, à l'instar de l'administration républicaine. Ils ont aussi entaché la crédibilité du ministère des Affaires étrangères et du pays en nommant un ministre insouciant, en se défilant des médias et en se montrant « indisponibles » lors des Jeux olympiques de Pékin. Tel ne fut pas le cas des libéraux dans le passé. Pearson s'est démarqué en élaborant la célèbre doctrine des missions de paix, Trudeau a officialisé l'indépendance canadienne tout en préservant des liens étroits avec le Commonwealth et Chrétien a développé les rapports interétatiques en insistant sur l'importance de suivre la volonté des Nations Unies, ce qui l'amena à exclure la participation canadienne en Irak aux côtés des Étasuniens unilatéralistes.

D'autre part, la clé de la quiétude canadienne a toujours résidé dans la souplesse du gouvernement central à l'égard des provinces ; les conservateurs le savent depuis Mulroney. Passant des négociations constitutionnelles au règlement du déséquilibre fiscal, le Parti conservateur a su tirer son épingle du jeu en réinvestissant ses efforts dans l'ouverture envers les communautés nationales du Canada et en misant sur une approche plus sensible au partage respectueux des champs de compétence. Quant à eux, les libéraux évitent cruellement ce chemin prolifique depuis Trudeau. L'inflexibilité libérale face aux nationalistes de l'Est et aux réformistes de l'Ouest, en vertu de ses visions postnationale et multiculturelle, et la centralisation exacerbée sévèrement à partir de 1982 ont forcé les gouvernements provinciaux à se méfier des victoires du PLC - et encore davantage suite au scandale des commandites - et à créer des alliances interprovinciales pour atténuer leur vulnérabilité.

Somme toute, bien que les libéraux excellent historiquement sur la scène internationale, ils ont du mal à comprendre leur propre pays ; les conservateurs, eux, semblent plus conciliants sur la scène intérieure puisqu'ils reconnaissent l'État multinational et asymétrique. En contrepartie, ils sont résolument moins compétents en dehors de leurs frontières territoriales.

Que voudront les Canadiens lors des prochaines élections?