«Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres.» - Pierre Bourgault
« […] ce que le peuple n’a pu gagner un jour, il n’y renonce jamais et finit toujours par l’obtenir. » - Louis-Joseph Papineau

vendredi 4 juillet 2008

400e de Québec : Le rempart français

Le 3 juillet 2008, Québec était fêté au pied du Château Frontenac, en face du monument dédié à Samuel de Champlain, l'un des fondateurs de cette ville fortifiée et l'un des artisans de cette première capitale française du Nouveau Monde.

Sous la pluie et les torrents, des ministres, des dignitaires et des chefs d'État siégeaient calmement. Non loin des invités, le Bélem était arrivé au port de Québec. Ce voilier qui était parti de La Rochelle, en France, pour effectuer la traversée de Champlain, symbolisait aussi la rencontre entre l'Europe et l'Amérique, entre les Premières nations et les explorateurs, entre les Québécois et les Européens de l'époque contemporaine. Bien que tous les discours officiels pouvaient n'être que partiellement authentiques et sincères, ils révélaient le désir des négligés d'accéder à une réconciliation, la profonde affection de nos voisins à notre égard et le souci des gens d'ici de perpétuer ces pactes d'amitié.

Le Premier ministre de la France, François Fillon, s'est démarqué de ses hôtes en insistant sur la relation de proximité qui définit les deux peuples : « Il existe en chaque Québécois une émotion française et dans chaque Français un rêve québécois. » Désignant maintes fois le Québec en tant que pays pour mettre l'accent sur les rapports de fraternité et de coopération qui se sont développés entre les deux nations francophones, Fillon a aussi illustré que 30 000 Français s'étaient établis au Québec depuis les dix dernières années, soit un nombre qui aura été atteint à l'arrachée après 150 ans de colonisation entre 1608 et 1758. À l'instar de ce qu'affirme Jean-François Lisée dans son dernier article de la revue L'actualité, la France, en termes de proportion, contribue davantage à l'épanouissement du Québec que ne le font les États-Unis, son principal partenaire commercial. Pour cause, à armes égales (PIB et population), l'État français achète près de deux fois plus de produits québécois et investit quatre fois plus au Québec par rapport à n'importe quel autre pays du monde. Invoquant le « Vive le Québec libre » du général Charles de Gaulle prononcé en 1967, le Premier ministre a poursuivit son hommage en soutenant que cette «voix historique» avait «tiré» le Québec de «son hivernement».

Le lendemain, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, ne réprouva pas ces paroles et invoqua que « les Fêtes du 400e anniversaire de Québec vont renforcer la volonté du peuple québécois de préserver sa langue et sa culture. » Le jour même, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle française de 2007, Ségolène Royal, concluait l'apologie du rayonnement de la francophonie au Québec : « Vous avez prouvé par votre histoire qu'il était possible de résister contre l'uniformisation des cultures, en cela, vous êtes un exemple à travers le monde, à un moment où tant d'identités sont menacées. »

Le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a encensé « la plus belle ville du Canada » - on ne peut guère lui en vouloir [!] - tandis que
la Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a spécifié qu' « [i]l faut que le monde entier sache qu’il est impossible d’éteindre la flamme qui nous allume aujourd’hui. » Ces acclamations en faveur de la nation québécoise ont été lancées à bon escient. La récupération politique s'est insérée à certains moments, certes, mais les citoyens se rappelleront de ce 400e comme étant celui des réconciliations entre Amérindiens, Québécois, Canadiens, Français, Anglais, Irlandais, anglophones, francophones et allophones. Le spectacle Rencontres, merveilleusement dirigé par Samuel - Yves Jacques - De Champlain, fit d'ailleurs cette confession en laissant la musique nous transporter gaiement, main dans la main.

Cet été, c'est la fête de Québec. Cet été, au Québec, c'est la fête. Cet été, je porte des lunettes roses.