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lundi 22 septembre 2008

Élections fédérales : Aurons-nous un gouvernement de coalition?

Lors d'une entrevue accordée lundi au réseau CTV, le chef du Nouveau parti démocratique, Jack Layton, a révélé qu'il pourrait accepter de former un gouvernement de coalition avec les libéraux de Stéphane Dion pour contrer la victoire de la droite conservatrice incarnée par les troupes de Stephen Harper. Cette possibilité ayant rarement été envisagée lors des campagnes électorales canadiennes, analysons-la sommairement.

Avant tout, il est nécessaire d'exposer les particularités d'un gouvernement élu démocratiquement. Pouvant être désigné comme étant majoritaire, s'il obtient une majorité de sièges au parlement, ou minoritaire, s'il ne fait élire qu'un plus grand nombre de candidats par rapport à ses adversaires, le gouvernement sera constitué des représentants d'un ou de plusieurs organisations politiques (parti unique ou coalition).

Il importe aussi de rappeler que la formation du gouvernement au Canada possède une longue tradition favorable au gouvernement majoritaire, l'expérience des gouvernements minoritaires relevant de l'exception ; les gouvernements fédéraux canadiens formés d'un seul parti politique ont quant à eux toujours été préférés aux coalitions, sauf en 1917. Les politologues imputent cette tendance à notre mode de scrutin majoritaire, lequel permet aux grands partis (PCC et PLC) de battre leurs concurrents en bénéficiant des distortions entre les résultats électoraux et la répartition des sièges parlementaires. Ces « primes au vainqueur », qui mènent à la liberté d'action législative procurée par les gouvernements majoritaires, pousseraient les partis à écarter les coalitions. Ainsi, le parti politique arrivant premier lors des élections remporte généralement suffisamment de sièges pour former la majorité.

Quand est-il des autres gouvernements issus du même mode de scrutin dans le monde? Selon une étude portant sur les systèmes parlementaires majoritaires entre 1972 et 2002, les résultats abondent dans le même sens qu'au Canada :
  • 71% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Angleterre, Canada, Québec)
  • 21% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Inde, Saskatchewan en 1999)
  • 7% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Canada en 2006, Québec en 2007)
  • 2% de cas - Gouvernement de coalition minoritaire
Une étude similaire appliquée aux systèmes proportionnels et mixtes prouvent que les stratégies électorales varient vraisemblablement, entre autres, en fonction des modes de scrutin, les résultats différant de l'étude précédente :
  • 12% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Allemagne en 2002)
  • 56% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Israël, Belgique, Nouvelle-Zélande en 2002)
  • 16% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Norvège, Suède)
  • 15% des cas - Gouvernement de coalition minoritaire (Pays-Bas en 2002, Lituanie en 2006)
La suprématie du gouvernement majoritaire dirigé par un seul parti au Canada s'explique également par la propension du mode de scrutin majoritaire à générer des gouvernements stables et inflexibles. En dépit de ces dispositions, la sympathie des Canadiens à l'égard des gouvernements minoritaires, qui ont vécu cette expérience dernièrement, laquelle requérait la collégialité et les consensus, pourrait nourrir l'idée d'une coalition entre certains partis politiques. En 1980, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau, qui aspiraient déjà à un gouvernement majoritaire, souhaitaient que les néodémocrates forment une coalition avec eux. Peu représenté dans l'Ouest, contrairement au NPD, le PLC se souciait de l'unité apparente du pays dans la foulée du conflit constitutionnel avec le Québec ; la coalition aurait donné l'impression que les députés canadiens pouvaient être solidaires sur le plan politique. Le chef du NPD de l'époque, David Lewis, avait décliné le pacte libéral.

Pour en revenir à l'actualité, la stratégie néodémocrate viserait à limiter la division des partis positionnés au centre et à la gauche de l'échiquier politique dans le but de freiner la montée des conservateurs. D'autant plus que ces derniers se rapprochent d'un éventuel gouvernement majoritaire (155 sièges) qui leur offrirait les moyens de déposer des projets de loi et de les adopter sans se soucier de l'opposition. Afin de vérifier si le partenariat entre le PLC et le NPD est réaliste et réalisable, il peut être intéressant de comparer les prévisions électorales publiées sur certains sites Web dont la méthodologie a déjà été éprouvée.

DemocraticSpace (20 septembre)
PCC 144 sièges
NPD/PLC 121 sièges (89+32)

Election Prediction Projet (20 septembre)
PCC 111 sièges
NPD/PLC 91 sièges (73+18)

Election Stock Market (22 septembre)
PCC 147 sièges
NPD/PLC 125 sièges (83+42)


Pour le moment, compte tenu des présentes prévisions, la coalition ne serait pas à même de former le gouvernement, mais l'annonce d'une entente formelle pourrait inciter les électeurs verts et bloquistes à se tourner vers elle. La popularité de Jack Layton - un sondage effectué en septembre signalait que les Canadiens considéraient que le chef néodémocrate ferait un meilleur premier ministre que Stéphane Dion - confiné au troisième rang et la déroute appréhendée par les libéraux pourraient exercer des pressions de parts et d'autres.

3 commentaires:

Yannick Castel a dit…

Il est vrai qu'en ajoutant les sièges possibles, la coalition ne ferait pas le poids devant les conservateurs. Or, il ne faut pas oublier que dans des comtés conservatrices, le vote entre le NPD et le parti libéral réuni pourrait faire des députés de plus à l'assemblée. Je crois que cela pourrait faire élire la coalition. Mais pour en être sûr, la coalition peut toujours s'allier au Parti vert ou au Bloc pour s'assurer de la majorité.

Julien Fournier Dorion a dit…

Yannick,

Bien que je comprenne ce que vous dites, il me semblerait ardu pour les libéraux et les néodémocrates de s'entendre préalablement sur le candidat qui sera retenu dans chacune des circonscriptions, l'un voulant le siège de l'autre. Évidemment, les chances seraient rehaussées, mais de telles stratégies ne peuvent guère être élaborées aussi tardivement sans une prise de position conjointe et officielle.

En ce qui concerne les autres coalitions que vous avez mentionnées, celle entre les verts et les libéraux serait la plus prévisible, sans être pourtant la plus profitable.

Yannick castel a dit…

Julien,
Merci de me répondre. Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il serait difficile pour les candidats de se mettre d'accord dans les 308 circonscriptions au Canada. De toute façon, Dion a refusé la coalition, bien que May ait relancé l'idée dernièrement. En effet, le rapprochement entre les libéraux et les verts s'est fait. Je crois personnellement que le NPD et le Bloc Québécois devraient discuter après les élections étant donné la mise en question du parti au Québec. Si le NPD devient plus ouvert à l'autonomie des provinces en mettant de côté leur envie d'un pouvoir centralisé, le passage sera facile. Le NPD pourrait prendre la relève du Bloc au Québec. Maintenant, vont-ils le faire? J'en doute! Mais ce serait intéressant! Elizabeth May a annoncé qu'une coalition pouvait être mise en place tardivement, même le jour avant les élections!! Je ne sais pas ce que ça va donner... mais espérons que les partis de l'opposition fassent leur possible pour empêcher la réélection de Mr. Harper. Encore une fois merci de m'avoir répondu!