«Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres.» - Pierre Bourgault
« […] ce que le peuple n’a pu gagner un jour, il n’y renonce jamais et finit toujours par l’obtenir. » - Louis-Joseph Papineau

dimanche 30 décembre 2007

L'année de tous les départs et de toutes les transitions

Revue de l'année 2007. La cause souverainiste n'est plus au centre des grands débats nationaux. À la lumière des événements politiques qui ont imprégné le Québec, les bilans laissent à penser que la présente année qui s'achève aura consacré ostensiblement la fin de la polarisation entre les deux protagonistes de la question nationale : les mouvements indépendantiste et fédéraliste. Ce déclin s'était illustré à partir des élections postréférendaires de 1998.

Les élections provinciales du 26 mars 2007 ont officialisé ce basculement vers d'autres préoccupations, les électeurs ayant discrédité les partis (PQ et PLQ) qui ont défendu ce clivage, au fil du temps, en désertant leur organisation. La montée de l'Action démocratique du Québec, ridiculisée par les tenants des partis pragmatiques et par de nombreux analystes, a malgré tout transformé le paysage politique de l'Assemblée nationale du Québec, les populistes ayant pris d'assaut les tribunes médiatiques. Cette percée adéquiste s'est traduite par des projets de loi aussi inconsistants que moribonds.

Par exemple, le retour des bulletins chiffrés, prôné par l'ADQ et adopté plus tard par le PLQ, a été une véritable mesure superfétatoire puisqu'elle était une pâle copie ministérielle d'anciennes prérogatives acquises par les Conseils d'établissement (CE) en 1999. En effet, depuis les débuts de l'implantation de la réforme, les parents pouvaient apporter les modifications imposées récemment par le MELS à travers le CE de chaque école afin de répondre aux besoins spécifiques du milieu. En normalisant un bulletin à l'échelle nationale, le gouvernement sombrait dans la facilité en minant les pouvoirs des acteurs impliqués dans les institutions scolaires. Rappelons que les bulletins chiffrés faisaient partie des grandes priorités du gouvernement, ce qui en dit long sur la profondeur de ses engagements...

Les interventions musclées, improvisées par des députés inexpérimentés et pernicieusement provocateurs, ont rapidement détruit l'« autorité morale » de l'ADQ au Québec ; Mario Dumont, chef de l'Équipe Mario Dumont [...], n'aura pas réussi à cacher ses candidats misogynes et xénophobes. À ce propos, des remerciements massifs auront ponctué la campagne électorale de l'ADQ. L'idée de faire sombrer le gouvernement en raison du faible taux de participation aux élections scolaires (7,7%), pour ensuite exploiter son traditionnel « discours creux » sur les abolitions (commissions scolaires, conseils d'agglomération, etc.), a prouvé aux Québécois que ce parti « dumontiste » ne parviendrait pas à diriger un État, ni à « adéquiser » les mentalités.

Par ailleurs, la redéfinition des enjeux qui mobilisent la population a poussé les gouvernements fédéral et provincial, ainsi que les partis de l'opposition, à revoir leurs stratégies nationalistes.

Suite au départ d'André Boisclair à la tête du Parti québécois, le discours identitaire, traversé par les soubresauts de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, a émergé avec l'arrivée de Pauline Marois en tant que nouvelle cheffe péquiste. La formation dirigée par Madame Marois a poussé l'équipe du renouveau de 2005 à se désintégrer. La démission de la fougueuse Diane Lemieux et le retour en force de Marie Malavoy, comme députée, et de Jean-François Lisée et de Joseph Facal, à titre de conseillers, illustrent bien l'effet transitoire produit par la fin de la carrière politique d'André Boisclair. Les recrues de l'année 2007 qu'ont été Bernard Drainville, Lisette Lapointe et Pierre Curzi auront cependant réussi à maintenir le renouvellement tant espéré au PQ. L'année 2007 aura proclamé le retour du « Nous » rassembleur et de la promotion de la langue française dans les rangs indépendantistes. La publication du rapport de Statistique Canada sur la précarité du français en décembre a donné raison à l'équipe Marois.

Pour sa part, le Bloc québécois fut mis à mal par une succession d'événements malencontreux. Le marathon de 24 heures de Gilles Duceppe dans la course à la direction du Parti québécois aura somme toute ébranlé l'équipe bloquiste, laquelle s'est toutefois ralliée rapidement à son chef le jour suivant son retrait. Le saut judicieux de Maka Kotto au PQ aura aussi affaibli l'image de stabilité du Bloc. À ce sujet, j'ai personnellement ouvert un débat sur le possible démantèlement du Bloc québécois, lequel permettrait de rapatrier les parlementaires chevronnés dans le giron provincial. Les poussées néodémocrate et conservatrice lors des élections partielles auront également signalé au Bloc que sa suprématie acquise depuis le scandale des commandites était en voie de se rompre. Quoiqu'il en soit, les déboires du Parti conservateur - reniement du protocole de Kyoto, prolongement de la mission en Afghanistan, fédéralisme d'ouverture limité présentement au symbolisme, etc. - bénéficient au Bloc selon les plus récents sondages, ces derniers le plaçant à 40% dans les intentions de vote. La dégringolade du Parti libéral du Canada, quant à elle, est inévitablement attribuable à Stéphane Dion, le père austère et insipide de la Clarté référendaire. Le PCC, pourtant avantagé par l'apathique PLC, n'a toujours pas réussi à se rapprocher d'une projection majoritaire à Ottawa.

Les réalisations et les projets parachevés par le gouvernement ont connu quelques succès qui ne peuvent être passés sous silence. Le gouvernement minoritaire libéral a dû se résoudre à écouter les revendications des autres partis ; cette 38e législature a prouvé aux Québécois que la collégialité, apparentée aux mesures fomentées et appuyées par des coalitions de partis, répondaient à leurs attentes. L'ouverture du métro de Laval, suivie d'un accroissement de l'achalandage sur le réseau souterrain (+50 000 déplacements), doit être reconnue en tant que réussite, les coûts de construction, contrairement aux mauvaises langues, n'ayant pas dépassé les moyennes internationales pour de telles infrastructures. L'année 2008 devrait s'inspirer de ces projets d'avenir ; le plan de transport de la Ville de Montréal, qui propose des prolongements sur les lignes bleue et verte, des postes de péage sur les ponts et des lignes de tramway, doit être considéré sérieusement. Un coup de barre environnemental doit aussi être assené.

Sur la scène internationale, l'apaisement des tensions en Corée du Nord, la perpétuelle ambigüité démagogique iranienne de l'extrémiste Mahmoud Ahmadinejab, la fin prochaine du règne républicain à la Maison Blanche (départ de Bush), la poursuite du bourbier irakien esseulé progressivement par des attentats moins fréquents, le retour en force de la Russie (interventions dans le Nord canadien, nomination de Vladimir Poutine à titre de personnalité de l'année par le magazine Time, succession apparemment assurée à travers les mains dociles de Dmitri Medvedev, etc.), la victoire du nouveau président français présent-sur-tous-les-fronts Nicolas Sarkozy (départ de Chirac), le crise politique en Belgique entre les Wallons et les Flamands (sécession de la Flandre ?), l'échec des négociations israéo-palestiniennes à la conférence d'Annapolis, la défaite du « oui » lors du référendum organisé par Hugo Chavez au Venezuela, l'incertitude autour de l'état de santé de Fidel Castro (transition postcommuniste à Cuba ?), la conflictuelle conférence de Bali sur les changements climatiques et l'assassinat de l'espoir qui était entretenu par Benazir Bhutto au Pakistan face au gouvernement militaire de Pervez Musharraf ont ponctué l'année 2007, pour ne nommer que ces contingences.

***

Je vous reviendrai en 2008 avec plus d'un sujet en tête.

Tout d'abord, je partagerai probablement mon expérience au Parlement étudiant du Québec (PEQ), qui est une simulation de cinq jours à l'Assemblée nationale du Québec. Trois billets devraient ensuite porter sur mes lectures du temps des Fêtes et du début de l'hiver : Nous de Jean-François Lisée, Devons-nous en finir avec l'indépendance? de la revue Argument et L'annuaire du Québec 2008 de Michel Venne et Miriam Fahmy.

dimanche 9 décembre 2007

Les résolutions identitaires péquistes souhaitées par des majorités absolues

Un sondage de la firme Léger Marketing, commandé par le conseiller politique du Parti québécois et directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM) Jean-François Lisée, révèle qu'une majorité de francophones et qu'une pluralité d'allophones et d'anglophones vivant au Québec lorgnent les récentes propositions nationalistes en faveur d'un affermissement et d'une préservation de la culture québécoise et de la langue française. C'est donc dire que le « Nous », résolument inclusif et solidaire, est unanime sur certains points.

Voici les faits saillants actuellement publiés par les médias :
- 62% des Québécois sont en faveur d'une constitution interne, laquelle inclurait les valeurs
qui guident la société (prédominance du français, patrimoine historique, égalité des sexes, laïcité) ;
- 72% des Québécois (76% chez les francophones et 54% chez les non-francophones) considèrent qu'il est indispensable qu'un nouveau résidant maîtrise éventuellement la langue officielle du territoire pour voter et pour se présenter à des élections.

Un membre des Blogues souverains, V, a lui aussi cru qu'il était primordial de tirer notre chapeau à l'approche judicieuse et rigoureuse de Lisée qui a renversé la fausse impression selon laquelle les Québécois rejetaient massivement les voies « affirmationistes ».

Contre vents et marées, le verdict est consensuel. Je me réjouis de cet aval populaire, qui laisse à penser, comme je l'ai déjà dit dans un précédent billet, que le PQ a visé juste en soumettant des mesures qui feront démentir les antagonistes tous azimuts et qui trouveront des appuis chez les souverainistes, les autonomistes et les fédéralistes ! L'époque des divisions à tout prix est révolue, nous l'avons compris. Un jour, je le crois, ces avancées raflées à coup de majorités insuffleront l'envie d'aller plus loin, de viser l'autodétermination, les dissensions étant venues naturellement des incongruités ressenties par un Québec qui s'affirme fièrement, sans complexe et sans démesure.

Alors qu'une récente étude universitaire nous apprend que les jeunes Québécois sont plus politisés que leurs collègues canadiens et étasuniens, notamment grâce à une formation soucieuse d'intéresser les jeunes à l'actualité, il est de mise de procéder à une valorisation et à une célébration de nos institutions scolaires, lesquelles peuvent se targuer de leur rôle d'éducateur à la citoyenneté des élèves. Non seulement une génération s'est levée pour affirmer la différence québécoise, mais quelques-uns de ses descendants pourraient reprendre le flambeau, et ce, plus tôt que nous pourrions le croire!

Gardons espoir!