«Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres.» - Pierre Bourgault
« […] ce que le peuple n’a pu gagner un jour, il n’y renonce jamais et finit toujours par l’obtenir. » - Louis-Joseph Papineau

mercredi 24 octobre 2007

Sondage Léger/TVA sur l'identité québécoise : Le PQ a visé juste!

Un petit échantillon de la population s'est prononcée sur les récentes propositions soumises par Pauline Marois. Ce que nous pouvons retenir des résultats, rassemblés ci-dessous, est assez concluant : les Québécois et les Québécoises, bien que partagés sur le fond du sujet, ne rejettent pas les orientations péquistes, bien au contraire! Les détracteurs du projet de loi sur la citoyenneté québécoise devraient prendre connaissance de ces données et réfléchir aux salves d'insultes qu'ils ont inopinément catapultées sur le dos du Parti québécois, qui est redevenu, au grand désespoir de l'ADQ, « Le parti des Québécois ».


Appuyez-vous le projet de citoyenneté québécoise de la cheffe du Parti québécois Pauline Marois?


Ensemble de la population

Oui 44%
Non 46%

Francophones
Oui 52%
Non 38%


Êtes-vous en faveur du délai de 3 ans qui serait imposé aux nouveaux arrivants pour apprendre le français?
Oui 62%
Non 33%

À ce sujet, un représentant du cégep de Trois-Rivières a confirmé que leur programme de francisation, offert spécifiquement aux immigrants, avait un taux d'efficacité de 95% à la fin d'une troisième année de « bain linguistique ». Cette suggestion est donc tout à fait réaliste.


Devrait-on disposer d'une citoyenneté québécoise et maitriser suffisamment la langue française pour se présenter à des élections scolaires, municipales ou provinciales?
Oui 58%
Non 36%


Quel(le) chef(fe) défend le mieux l'identité québécoise ?
Pauline Marois 35%
Mario Dumont 30%
Jean Charest 18%


Sources : LCN

jeudi 18 octobre 2007

L'étapisme proactif

Le mur est tombé!

Grâce à cet effondrement, plusieurs réalités sont désormais perfectibles à court et à moyen termes. J'aborderai dans ce billet des enjeux d'actualité.

La fin de l'absolu référendaire
L'attente de « la » victoire était devenue risible et rendait compte de la démission identitaire du Parti québécois. Le OUI, symbole ultime de l'aval populaire, repoussait dans ses derniers retranchements toutes les possibilités d'avancées nationalistes. Aujourd'hui, au gré de deux projets de loi, Pauline Marois met un terme à l'obligation d'attendre une consultation populaire en suggérant une rafale de mesures pour contrer l'improductivité engendrée par les hésitations de ses prédécesseurs ; ces mesures seraient adoptées dès l'élection d'un gouvernement péquiste et elles seront possiblement abordées sous l'actuelle législature.

L'application de résolutions oubliées : les projets de lois 195 et 196
Voulant corriger le tir des grossièretés véhiculées dans certains médias, il est nécessaire de faire valoir que la constitution du Québec et la citoyenneté québécoise dorment dans les coffres du Parti québécois depuis beaucoup plus longtemps que dans ceux de l'Action démocratique du Québec! En effet, dès 1976, puis en 1980 et finalement en 1995, le PQ formulait sans l'ombre d'un doute le souhait d'adopter lesdits actes politiques à valeur juridique! Aujourd'hui, Pauline Marois le rappelle explicitement en devançant le blocage référendaire, qui a trop souvent freiné les propositions porteuses de sens pour les Québécois. Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, de voir paraître des livres polémiques comme La dénationalisation tranquille de Mathieu Bock-Côté (un bref résumé est disponible ici) qui décrient l'éclatement du discours rassembleur autour des racines du peuple francophone.

Les devoirs et les droits d'un citoyen québécois sur des terres francophiles
Nous nous voulons bilingues - voire trilingue ou polyglotte - et nous aspirons à une plus grande unicité dans une société civile communiquant en français, notre langue commune. Nous relançons le débat de l'interculturalisme pour insuffler une meilleure intégration qui, dans les faits, assurera une cohésion entre des acteurs qui représentent la fabuleuse diversité contemporaine. Pouvant transmettre ces apports ethnoculturels en solidifiant nos relations, les citoyens, unis sur le pont francophone, pourront comprendre l'«autre» et lui ouvrir les bras en véhiculant les valeurs québécoises, lesquelles seront vraisemblablement circonscrites à la fin de la commission Bouchard-Taylor. La vision sectaire du chroniqueur André Pratte dans son plus récent article, qui condamne la revalorisation du français, jugée futile et hors propos en raison de sa «robustesse», oublie outrageusement de considérer que les demandes d'accommodements déraisonnables proviennent de membres isolés des communautés qui exacerbent un repli sur soi en refusant le vivre-ensemble. Les pratiques d'accommodement convenables, elles, revendiquent un levier visant l'inclusion qui tient compte des disparités culturelles et religieuses. En d'autres termes, l'une favorise la ghéttoïsation tandis que l'autre convoite l'insertion sociétale.

Pour ce qui est des attaques de certains à l'égard du projet de citoyenneté québécoise,
selon lesquelles des dispositifs seraient discriminatoires, il est impératif de faire valoir que le Canada a lui-même créé deux classes d'individus : les citoyens canadiens pouvant voter lors des élections et les résidents permanents sans citoyenneté exclus de la vie politique. Dans un texte publié ce matin, Jean-François Lisée illustre pertinemment la validité du nouveau modèle de citoyenneté interne québécoise en le comparant à d'autres cas déjà existants. Pierre Curzi, député de Borduas, a également fait une mise au point éclairante lors d'une entrevue accordée à Radio-Canada.

Recommandation : L'initiative de consultation populaire
Les souverainistes devraient une fois pour toute offrir à la population la possibilité d'exiger la tenue d'un référendum portant sur l'indépendance nationale sous n'importe quels gouvernements, qu'ils soient péquiste, adéquiste ou libéral. En ajoutant l'option du dépôt d'un nombre non négligeable de signatures pour enclencher immédiatement un référendum, le Québec se doterait d'un outil puissant qui ne relèverait pas de l'élection d'un parti souverainiste. Lors des marées nationalistes, les citoyens pourraient alors réclamer de se faire entendre démocratiquement sur l'avenir de leur peuple même si le parti au pouvoir était un ardent fédéraliste. Cette voie, même si elle n'est jamais empruntée, aura rassuré la population en lui donnant des pouvoirs d'action et de décision.

L'ONU à Montréal
Tout le monde en parle! Ce plan ambitieux de déménagement des locaux newyorkais onusiens sur le terrain du Silo à grain numéro 5 dans le Vieux-Port de Montréal confèrerait hors de tout doute un rayonnement international accru pour le Québec en plus de renforcer le caractère historique de la métropole montréalaise, l'un des premiers berceaux de l'Amérique du Nord occidentalisée. Une cité globale pouvant accueillir l'Assemblée générale de l'ONU et permettant de loger les diplomates et les dignitaires de tous les États membres serait merveilleusement bien située. Évidemment, ce projet n'a aucune prétention, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, lui donnant une chance sur 10 de voir le jour.
Quoiqu'il en soit, cette ébauche me laisse à penser, encore une fois, qu'il est primordial de multiplier les grands chantiers.

dimanche 7 octobre 2007

Le Bloc québécois doit-il se saborder ?

Il a longtemps inspiré les militants souverainistes. Il a su insuffler des priorités québécoises dans les débats canadiens. Il a aussi permis aux Québécois de se retrouver dans un parti qui n'a d'assises qu'au Québec lors des élections fédérales.

Or, en 2007, cette formation commence sérieusement à me faire douter. Est-elle toujours pertinente? Sert-elle vraiment la cause?

Dans les faits, aucune autre organisation politique « québéco-canadienne » n'a réussi à absorber successivement, d’une élection à l’autre, autant de votes québécois que le Bloc depuis sa première participation, en 1993. Éclipsant ses adversaires, il écartait intelligemment les autres acteurs canadiens des rétroprojecteurs. En 2004, Gilles Duceppe s’était même illustré à un point tel que des citoyens des provinces anglophones s’avouaient frustrés de ne pas pouvoir voter pour le Bloc québécois. Dernièrement, La Presse nous apprenait que trois Canadiens hors Québec avaient contribué à la caisse du parti politique pour soutenir le mouvement.

À ce propos, les motivations de ces donateurs sont parfois révélatrices ; par exemple, un médecin résidant en Colombie-Britannique affirmait au journal que « le Canada ne sera plus sous la férule des francophones à Ottawa [si le Québec se sépare]. Je veux que l’on reprenne possession de notre pays », disait-il. Devant ces cas, devons-nous comprendre que la présence bloquiste à Ottawa diffuse un message revendicateur qui trouve écho chez les Canadiens, ces derniers appuyant notre cause par envie de régler le litige identitaire qui oppose les deux nations?
Le Bloc vise-t-il la bonne clientèle? S'il est vrai que la diffusion de l'argumentaire souverainiste au Canada désamorce l'incompréhension et facilite la réceptivité des Canadiens, il est aussi important de se questionner sur les véritables mandats du Bloc québécois. Des précisions s’imposent.

D’abord, en endossant plusieurs projets de loi du gouvernement central, en en soumettant au nom de leur parti et en sauvant la tête du Premier ministre, les bloquistes envoient un message ambigu aux Québécois.

D'une part, ils brouillent la réalité politique sur la scène fédérale en offrant une option strictement québécoise à la population : un faux parti fédéral à vocation provinciale. Il importerait de retirer cette possibilité pour démontrer que les autres partis ne sont pas à même de répondre aux ambitions des Québécois. En analysant les discours du Bloc ou en ne le faisant pas, ironiquement, nous remarquons rapidement et naïvement que les enjeux canadiens ne recoupent que très rarement ceux du Québec. À leur tour, lorsque les partis canadiens tentent de cibler les intérêts des Québécois, des éminences condamnent ouvertement ces « actions stratégiques » destinées à recueillir le vote francophone, leur intérêt national n'étant visiblement pas lié au nôtre. Certes, le Bloc reste à l'affût des dossiers traités par Ottawa. Il prend souvent la parole pour remettre les pendules à l’heure, mais réussit-il vraiment à changer la donne? À mon sens, le Bloc paralyse l’élan nationaliste puisqu’il persiste à vivre alors que son but premier était de former une opposition temporaire pour exalter le désespoir des élites fédéralistes québécoises face aux refus canadiens de Meech et de Charlottetown.

D'autre part, il pourrait être audacieux d'adopter une attitude de laissez-faire pour rendre compte de l'inattention du gouvernement central à l'égard du Québec. Aux tenants du fédéralisme d'ouverture des conservateurs, rappelons que l'instigateur de la motion sur la reconnaissance de la nation québécoise était un bloquiste, que la place du Québec à l'UNESCO a été exigée par le BQ et que la mort annoncée du déséquilibre fiscal n'a pas été constatée! Cependant, bien que ces gains puissent être vécus comme positifs, il m'apparait évident que le Bloc québécois est devenu le parti de la contestation insipide. Pour cause, les moments forts de l'organisation ont découlé des échecs de l'intégration du Québec à la fédération canadienne (1987 et 1992) et du scandale des commandites (2003-2005). En dehors de ces périodes conjoncturelles favorables à la cause, le Bloc québécois perdait des plumes et plafonnait subitement. L’ennui n’est toutefois pas de constater que les vents de protestation s’engendrent par des événements anti-québécois, bien au contraire! La plupart des nouveaux pays indépendants ont eu besoin de crises structurelles pour que le peuple se décide de prendre les rênes de son État. Le problème se situe plutôt au niveau des choix que nous offrons à une population qui s'est sentie rejetée. En effet, cette dernière, qui réagit sur le coup de l’émotion, trouve un refuge rassurant, mais beaucoup trop commode, dans les bras du Bloc québécois. Pourquoi? Premièrement, celui qui décrie l’injustice sans pour autant agir concrètement limite malheureusement la portée des actions qui pourraient être prises pour condamner des excès ou des renvois. Les commandites auraient-elles eu un impact plus significatif sur les résultats provinciaux de 2007 si les électeurs québécois n'avaient pas eu l'occasion de condamner les libéraux en votant pour les bloquistes en 2004 et en 2006? Deuxièmement, le Bloc revêt la forme d’un passe-partout qui ostracise notre réflexion sur la question nationale. Au lieu de renforcer notre conviction souverainiste, qui doit avant tout se fonder dans les motifs socioculturels et linguistiques, les événements qui stimulent les vagues nationalistes s’apaisent avec cette possibilité de voter pour un parti qui ne pourra pas prendre le pouvoir.

À une époque où les électeurs, envers et contre tous, semblent s'orienter vers l'autonomisme, il serait peut-être préférable de supprimer cet outil multifonctionnel qu'est le Bloc québécois, lequel est utilisé pour protester futilement et symboliquement contre le fédéral. Il a perdu sa raison d'être, qui était d'amener le peuple à constater l'absence d'alternative crédible pour son avenir.

Rapatrions unilatéralement nos forces à Québec!