En cette fin d’année, à l’heure des bilans, tant politiques que personnels, je vous propose, par le biais de ce billet, un regard éclairé sur notre société, maintes fois critiquée.
Tout le monde, lorsqu’interrogé, semble s’entendre pour dire que le Québec «ne va pas bien». La chute drastique du taux de natalité, l’effritement des discours rassembleurs, l’apparente fatigue culturelle, la croissance fulgurante des habitudes matérialistes, la sous-scolarisation persistante et l’analphabétisme qui en découle ainsi que le taux de suicide toujours aussi élevé sont des préoccupations récurrentes rapportées par les citoyens. Ce discours pessimiste au sein de la société témoigne-t-il d’une véritable réalité inquiétante ?
À vrai dire, aucun indicateur précis ne confirme ces soi-disant constats. Une interprétation maladroite de données et l’utilisation abusive de sources contestables seraient à l’origine de faussetés véhiculées dans les médias. Tout d’abord, la chute des naissances québécoises n’est pas symptomatique ; elle provient plutôt d’un frein historique généralisé de la natalité en Occident. De plus, le vieil adage mentionnant que le Québec lit moins qu’ailleurs est inexact : les Québécois sont les provinciaux qui achètent le plus de livres au Canada. L’illettrisme démesuré de nos habitants est également remis en question lorsque vient le temps de nous comparer au reste du monde. Pour cause, au sujet du taux d’alphabétisation, le Québec se situe dans la moyenne des pays membres de l’OCDE. Quant au nombre de suicides, il a diminué de 40% entre 2000 et 2005. Tout chose étant égale par ailleurs, les critiques sévères que nous nous infligeons et qui minent notre confiance collective prennent racine dans un problème identitaire : le paradoxe de la petite nation qui se croit inférieure.
Comme le dit si bien le sociologue Gérard Bouchard, «une société finit par ressembler à l’image qu’elle a d’elle-même.» Il faut donc remettre les pendules à l’heure.
Quand les acteurs influents du Québec regardent derrière eux, ils y voient la Révolution tranquille, soit un grand projet mobilisateur qui a été un épisode de rattrapage éminemment bien réussi. Le Québec, suite à cet événement plus que marquant, s’est mis à jour en optant pour le train de la modernité. Cette période fleurissante, voire explosive, tant les progrès fusaient de toutes parts, est terminée. Le grand projet a atteint ses objectifs. Il a placé le Québec à la même hauteur que les pays industrialisés et a légué un héritage novateur et audacieux. Étant sortis rapidement de la Grande noirceur, les Québécois ont été confrontés, suite à cet élan gargantuesque, à une période moins éclatante. Les mythes (croyances significatives progressivement ritualisées, puis sacralisés par un peuple) des années 1970, qui trônaient au sommet des valeurs du Québec, tels l’État-providence, la laïcité, le fait français, la démocratie et la liberté, ont perdu l’influence qu’ils avaient autrefois. Les baby-boomers semblent regretter ce détachement et vont même jusqu’à déclarer que leurs successeurs n’ont plus d’idéaux. Cette génération qui vieillit a tort, pour une fois.
Il serait faux de croire que la jeunesse n’a plus de points de repère : de nouveaux mythes émergent et rassemblent les gens. L’ouverture sur le monde, l’interculturalisme, le pluralisme (l’étranger est maintenant perçu positivement), le développement durable, l’écologisme, l’éthique publique (en réaction à l’éthique religieuse), la société civique et l’excellence guident maintenant les pas des jeunes adultes.
Les idées de grandeur difficilement atteignables nous donnent le vertige puisque nous nous comparons constamment au développement de notre voisin, la plus grande puissance mondiale : les États-Unis. Malgré tout – il faut les reconnaître – nous en avons des grands projets! Premièrement, la souveraineté du Québec rejoint près de 50% de la population. Le nationalisme, lui, est valorisé par plus de 75% des Québécois. Deuxièmement, notre petite nation est dynamique et s’illustre culturellement sur la scène internationale (ex : le Cirque du Soleil, le cinéma québécois, les chanteurs et les groupes musicaux d'ici, l'univers des jeux vidéos, etc.). Troisièmement, cette petite nation n’est pas comme les autres. En effet, elle maintient des politiques vénérables : la gratuité des soins de santé, le gel des frais de scolarité, le travail moins stressant, les valeurs vertes, etc. Quatrièmement, le Québec inc., fort dans des domaines économiques, pour plaire à tous, dont les néolibéraux, ne laissent pas sa place facilement. Pensons à Bombardier, à Hydro-Québec, à Alcan et à Quebecor, notamment.
Rassurons-nous, le Québec va bien!
Billet inspiré de la conférence Le Québec d'aujourd'hui : un modèle en renouvellement ou en panne d'utopies de Gérard Bouchard, novembre 2006.
Tout le monde, lorsqu’interrogé, semble s’entendre pour dire que le Québec «ne va pas bien». La chute drastique du taux de natalité, l’effritement des discours rassembleurs, l’apparente fatigue culturelle, la croissance fulgurante des habitudes matérialistes, la sous-scolarisation persistante et l’analphabétisme qui en découle ainsi que le taux de suicide toujours aussi élevé sont des préoccupations récurrentes rapportées par les citoyens. Ce discours pessimiste au sein de la société témoigne-t-il d’une véritable réalité inquiétante ?
À vrai dire, aucun indicateur précis ne confirme ces soi-disant constats. Une interprétation maladroite de données et l’utilisation abusive de sources contestables seraient à l’origine de faussetés véhiculées dans les médias. Tout d’abord, la chute des naissances québécoises n’est pas symptomatique ; elle provient plutôt d’un frein historique généralisé de la natalité en Occident. De plus, le vieil adage mentionnant que le Québec lit moins qu’ailleurs est inexact : les Québécois sont les provinciaux qui achètent le plus de livres au Canada. L’illettrisme démesuré de nos habitants est également remis en question lorsque vient le temps de nous comparer au reste du monde. Pour cause, au sujet du taux d’alphabétisation, le Québec se situe dans la moyenne des pays membres de l’OCDE. Quant au nombre de suicides, il a diminué de 40% entre 2000 et 2005. Tout chose étant égale par ailleurs, les critiques sévères que nous nous infligeons et qui minent notre confiance collective prennent racine dans un problème identitaire : le paradoxe de la petite nation qui se croit inférieure.
Comme le dit si bien le sociologue Gérard Bouchard, «une société finit par ressembler à l’image qu’elle a d’elle-même.» Il faut donc remettre les pendules à l’heure.
Quand les acteurs influents du Québec regardent derrière eux, ils y voient la Révolution tranquille, soit un grand projet mobilisateur qui a été un épisode de rattrapage éminemment bien réussi. Le Québec, suite à cet événement plus que marquant, s’est mis à jour en optant pour le train de la modernité. Cette période fleurissante, voire explosive, tant les progrès fusaient de toutes parts, est terminée. Le grand projet a atteint ses objectifs. Il a placé le Québec à la même hauteur que les pays industrialisés et a légué un héritage novateur et audacieux. Étant sortis rapidement de la Grande noirceur, les Québécois ont été confrontés, suite à cet élan gargantuesque, à une période moins éclatante. Les mythes (croyances significatives progressivement ritualisées, puis sacralisés par un peuple) des années 1970, qui trônaient au sommet des valeurs du Québec, tels l’État-providence, la laïcité, le fait français, la démocratie et la liberté, ont perdu l’influence qu’ils avaient autrefois. Les baby-boomers semblent regretter ce détachement et vont même jusqu’à déclarer que leurs successeurs n’ont plus d’idéaux. Cette génération qui vieillit a tort, pour une fois.
Il serait faux de croire que la jeunesse n’a plus de points de repère : de nouveaux mythes émergent et rassemblent les gens. L’ouverture sur le monde, l’interculturalisme, le pluralisme (l’étranger est maintenant perçu positivement), le développement durable, l’écologisme, l’éthique publique (en réaction à l’éthique religieuse), la société civique et l’excellence guident maintenant les pas des jeunes adultes.
Les idées de grandeur difficilement atteignables nous donnent le vertige puisque nous nous comparons constamment au développement de notre voisin, la plus grande puissance mondiale : les États-Unis. Malgré tout – il faut les reconnaître – nous en avons des grands projets! Premièrement, la souveraineté du Québec rejoint près de 50% de la population. Le nationalisme, lui, est valorisé par plus de 75% des Québécois. Deuxièmement, notre petite nation est dynamique et s’illustre culturellement sur la scène internationale (ex : le Cirque du Soleil, le cinéma québécois, les chanteurs et les groupes musicaux d'ici, l'univers des jeux vidéos, etc.). Troisièmement, cette petite nation n’est pas comme les autres. En effet, elle maintient des politiques vénérables : la gratuité des soins de santé, le gel des frais de scolarité, le travail moins stressant, les valeurs vertes, etc. Quatrièmement, le Québec inc., fort dans des domaines économiques, pour plaire à tous, dont les néolibéraux, ne laissent pas sa place facilement. Pensons à Bombardier, à Hydro-Québec, à Alcan et à Quebecor, notamment.
Rassurons-nous, le Québec va bien!
Billet inspiré de la conférence Le Québec d'aujourd'hui : un modèle en renouvellement ou en panne d'utopies de Gérard Bouchard, novembre 2006.












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