«Nous ne voulons pas être une province pas comme les autres, nous voulons être un pays comme les autres.» - Pierre Bourgault
« […] ce que le peuple n’a pu gagner un jour, il n’y renonce jamais et finit toujours par l’obtenir. » - Louis-Joseph Papineau

mercredi 16 décembre 2009

Du nouveau, tout frais, tout chaud!

Bonjour à tous!

Je me permets une petite incursion sur mon blogue suranné pour vous convier à consulter quelques analyses que je viens de téléverser sur le site de partage Issuu.

Vous y trouverez plusieurs documents, lesquels sont plus volumineux et plus complets que les traditionnels billets d'un cybercarnet.

Jusqu'à présent, vous pouvez accéder à six fichiers :


- La fin du « ni-ni » ou quand les relations entre le Québec et la France se redéfinissent (31 pages);

- La réforme du mode de scrutin au Québec : envisageable ou improbable? (27 pages);

- Les modes de scrutin au Canada et en Australie : jumeaux identiques ou atypiques? (13 pages);

- Les sondages minent-ils la participation électorale? (20 pages);

- L'interculturalisme québécois aux dépens du multiculturalisme canadien (31 pages).


Bonne lecture!
À vos commentaires!

mercredi 8 juillet 2009

Le nationalisme d'accommodement

Ayant été absent de la blogosphère québécoise depuis plusieurs mois, je réintègre temporairement les rangs de cet univers afin de publier un texte qui illumine singulièrement les aires assombries de notre débat national. Je souscris d'ailleurs pleinement aux propos de l'auteur.

Un article du quotidien La Presse rédigé par Jean-François Simard


Il y a de ces événements qui ressortent si vite de notre actualité politique, qu'on se demande, en y repensant quelque temps après, s'ils ont véritablement existé. Cela est particulièrement le cas pour l'entente historique cosignée en décembre dernier, entre les chefs du Parti libéral du Canada, du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois. Même si cette entente est maintenant chose du passé, que retenir d'un tel geste, quel sens lui donner?

La première réponse qui vient à l'esprit relève de la simple considération tactique. Stephen Harper est à la tête d'un gouvernement de droite qui, selon ses adversaires, met à ce point en danger les grandes valeurs canadiennes qu'il faille le renverser, minoritaire qu'il se retrouve à la Chambre des communes. Logique tout à fait compréhensible pour des libéraux et des néo-démocrates en mal de pouvoir. Logique beaucoup moins évidente à tenir pour un parti indépendantiste. Première hypothèse: cette entente n'aura été rien d'autre qu'un éphémère mariage de raison, auquel aurait consenti le Bloc, à la recherche qu'il était, du moindre mal pour le Québec.

Pourtant, l'adhésion du Bloc québécois à cette coalition parlementaire pour une période de dix-huit mois - une éternité en politique - a laissé plusieurs souverainistes perplexes. Non sans raison. D'une certaine manière et bien malgré eux dans certains cas, les bloquistes se sont enfermés dans une logique laissant entendre que les libéraux constituaient une option à ce point viable et valable pour les Québécois qu'il faille les porter au pouvoir sans en appeler au verdict populaire. Les Québécois n'auraient-ils pas été alors tentés, la prochaine élection venue, de voter directement pour les libéraux?

L'hypothèse du moindre mal ne tient pas la route pour comprendre pourquoi le Bloc québécois s'est indirectement porté à la défense des intérêts d'un parti qui incarne encore aux yeux de la majorité des Québécois, le rapatriement unilatéral de la constitution, la perte du droit de veto, l'échec de l'Accord du lac Meech, la loi sur la clarté référendaire, la non-reconnaissance de l'intégrité territoriale du Québec en cas d'indépendance, le scandale des commandites, etc., etc.? Il y a forcément autre chose...


Une nouvelle étape?

De l'aveu même de Gilles Duceppe, l'établissement d'une coalition gouvernementale soutenue par une autre coalition, celle-là parlementaire, dont le Bloc était la clef de voûte, fut aussi, et peut-être surtout, justifié par la volonté de défendre des valeurs communes sur le plan social, des valeurs partagées par les trois partis d'opposition (même chance pour tous, justice distributive, interventionnisme réfléchi de l'État, droit à la syndicalisation, autonomisation de la politique étrangère du Canada, etc.).

Malgré des réticences historiques à l'égard du PLC, pour la première fois depuis le référendum de 1995, un parti souverainiste, en cela largement appuyé par sa base militante et la population québécoise, concevait comme étant non seulement possible, mais souhaitable, d'établir un dialogue politique de longue durée avec le reste du Canada et au premier chef, avec ses traditionnels frères ennemis. Sans aller jusqu'à parler de réconciliation nationale, loin sans faut, il y avait dans cette entente un espoir de rapprochement que bien des Québécois espéraient voir se concrétiser depuis longtemps. Espoir qu'est rapidement venu étouffer Michael Ignatieff.


Deuxième acte

La nouvelle option défendue par le Parti québécois n'est pas neuve. Du temps où, jeune attaché politique, j'étais au cabinet du premier ministre Jacques Parizeau, elle circulait déjà sous le boisseau. Les objections finales à ce scénario étaient toujours les mêmes: les référendums sectoriels sont d'une tout autre nature qu'un référendum portant sur l'indépendance, car ils visent davantage à réformer le Canada qu'à en sortir.

Pauline Marois est on ne peut plus explicite à cet égard: «le Parti québécois souhaite redéfinir l'espace législatif partagé avec Ottawa». Les mots parlent d'eux-mêmes. Paradoxalement, le Parti québécois s'inspire aujourd'hui davantage du livre beige de Claude Ryan, que du livre blanc sur la souveraineté-association de René Lévesque. À l'unanimité, sans véritables débats, sans consultations préalables de leurs membres, tous les présidents d'association ont endossé le plan Marois. Cet apparent consensus est révélateur de l'état d'âme qui prévaut dans ce parti.

La perpétuelle fuite par en avant que les souverainistes opèrent depuis le lendemain de la dernière défaite référendaire peut encore faire son temps. Mais il n'en demeure pas moins qu'une impertinente question se pose chaque jour avec plus d'acuité. Que faire si, ayant cru ardemment à la souveraineté, la conviction de la voir se réaliser de son vivant s'évanouit? Faut-il coûte que coûte refouler ce sentiment et poursuivre aveuglément un combat que l'on croit définitivement perdu? Faut-il rester chez soi, dans une logique de mutisme et d'abstinence politique, en espérant que le vent tourne par on ne sait trop quel miracle? Faut-il envisager de vivre autrement sa passion du Québec? Et si oui, comment? (...)


Ni colonisés ni opprimés

(...) À défaut de faire du Québec un pays, les péquistes font aujourd'hui le pari d'en faire une province forte, au sein du Canada. Bloquistes et péquistes s'en défendront jusqu'à leur dernier souffle, mais ils sont entrés, plus ou moins consciemment, dans une ère d'accommodement économique, social et constitutionnel avec le Canada. Dès lors, ceux qui seront vraiment tentés de réformer le Canada se demanderont si le Parti québécois est le meilleur endroit pour relever ce défi. Par contre, ceux qui veulent toujours faire du Québec un pays, sans compromis, se demanderont si le PQ est encore le véhicule politique qui leur convient réellement.

Je ne crois pas dans la fin de l'histoire. Un destin national n'est jamais achevé. Mais force nous est de constater que le nationalisme québécois est depuis quelques années entré dans une nouvelle phase: celle de l'accommodement.

À terme, j'ai l'intime conviction que la libération d'un peuple s'inscrit en réaction à une situation d'oppression. Les partis politiques ne sont que le reflet de leur société. Or, si les Québécois ont majoritairement choisi la voie de l'accommodement, c'est peut-être parce que leur rapport au Canada a considérablement évolué et qu'ils ne se sentent plus ni colonisés ni opprimés. En ce sens, la Révolution tranquille donne aujourd'hui sa pleine mesure.

Mais attention, l'accommodement ne signifie pas l'acceptation béate et complaisante d'un Canada immuable. Du reste, le nationalisme d'accommodement ne fera qu'un temps si les Québécois ont le sentiment qu'il est à sens unique. Il s'agit maintenant de savoir comment le reste du Canada réagira à cette métamorphose de la question québécoise...

Ancien député du Parti québécois, l'auteur est professeur et titulaire de la chaire Senghor de la francophonie à l'Université du Québec en Outaouais

mercredi 31 décembre 2008

L'année des rectifications

Revue de l'année 2008. Alors que mon billet-synthèse de l'année 2007 ouvrait le bal en constatant l'étiolement de la question nationale au Québec ainsi que l'irruption déconcertante des adéquistes lors des élections provinciales du 26 mars 2007, celui de 2008 note que les événements politiques ont une fois de plus transfiguré les tendances qui commençaient timidement à se dessiner dans l'arène québécoise. Pour cause, nous assistâmes à un « retour à la normale » au cours des élections provinciales du 8 décembre 2008 lorsque l'Action démocratique du Québec (ADQ) dut se contenter de sept sièges à l'Assemblée nationale, une déliquescence qui fit perdre à l'ADQ 32 députés et qui précipita la démission de son chef Mario Dumont. Les deux transfuges adéquistes qui avaient joint les rangs des libéraux durant le mois d'octobre ne présageaient rien de très reluisant pour ce parti dont les appuis n'avaient guère cessé de décliner dans les sondages. Ainsi, ce « retour à la normale » se traduisit par le rétablissement du bipartisme institutionnel entre le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). En selle pour cinq ans, le gouvernement majoritaire libéral sera surveillé par une Opposition officielle péquiste gonflée à bloc par des résultats électoraux inégalés depuis 1998.

Autre événement marquant:
- 400e anniversaire de la ville de Québec



Sur la scène fédérale canadienne, la fin abrupte de la séduction conservatrice au Québec, laquelle avait pourtant commencé avec un fédéralisme d'ouverture prometteur en 2006, a privé le Parti conservateur du Canada (PCC) d'une majorité gouvernementale à la Chambre des communes lors des élections fédérales du 14 octobre 2008. Il importe de rappeler que la progression fulgurante du PCC au Québec en était venue à le placer en tête des intentions de vote dans la province à la fin du mois d'août.
Or, comme le mentionnait Michel C. Auger dans une récente analyse, le PCC a brutalement brisé le lien de confiance que les stratèges conservateurs avaient minutieusement tissé avec les Québécois en vilipendant la légitimité des élus du Bloc québécois (affaire Fortier), en sabrant dans les programmes de subventions accordées au milieu culturel, en songeant à retirer les subventions publiques aux partis politiques et le droit de grève aux employés de l'État et en déclarant qu'une coalition PLC-NPD avec le Bloc serait un pacte avec le diable, ce dernier étant apparemment incarné par les « séparatistes ».

Aux États-Unis, la victoire inspirante du démocrate Barack Obama au fil d'arrivée présidentiel, suite à une course effrénée de plus d'un an, fut alimentée par la pire débandade des marchés financiers depuis la Grande Dépression de 1930 et par un bilan républicain entaché par des guerres interminables et par un président - George W. Bush - en mal de popularité. Fait singulier, cette période noire du krach boursier avait aussi porté au pouvoir un candidat démocrate : Franklin Delano Roosevelt. Architecte du New Deal, le président Roosevelt, réélu à quatre reprises, avait condamné les années de déréglementation abusive en proposant un interventionnisme gouvernemental qui jetta les bases d'un État-providence libéral plus juste et plus solidaire. Illustre succésseur du capitalisme sauvage, le keynésiannisme revint à la mode en 2008, l'augmentation contra-cyclique des dépenses gouvernementales en période de récession s'étant notamment traduite par des grands travaux d'infrastructures et par des nationalisations temporaires de certaines banques opérés par les administrations publiques nord-américaines et européennes. Tentant de concerter leurs interventions économiques, les pays du G20 auront peut-être quelques sympathies à l'égard des critiques du président français Nicolas Sarkozy et du premier ministre britannique Gordon Brown envers le système capitaliste. Les positions multilatéralistes du nouveau président élu Barack Obama faciliteront sans aucun doute les dialogues à ce sujet.

Les dés sont jetés pour l'année 2009.

mercredi 10 décembre 2008

Élections provinciales : Victoire des libéraux, forte percée des indépendantistes

Un article du quotidien Le Monde


Le premier ministre libéral québécois, Jean Charest, a été reconduit au pouvoir, parvenant à obtenir une courte majorité lors des élections législatives du lundi 8 décembre au Québec, également marquées par une spectaculaire remontée des indépendantistes du Parti québécois (PQ). En retrouvant une majorité qu'il avait perdue lors du scrutin de mars 2007, M. Charest, 50 ans, a remporté son pari, mais de justesse. Il avait provoqué ce scrutin anticipé en affirmant avoir besoin d'un "mandat fort" pour faire face à la "tempête" provoquée par la crise économique mondiale.

La victoire de M. Charest, qui dirigeait un gouvernement minoritaire depuis 2007, fait de lui le premier chef de gouvernement à remporter au moins trois élections de suite dans la province francophone depuis un demi-siècle. Selon des résultats quasi définitifs, les libéraux ont emporté 66 des 125 sièges de l'Assemblée québécoise (42 % des voix), contre 48 députés dans l'Assemblée sortante.

51 députés indépendantistes

Un des faits marquants de ces élections réside dans le score inattendu du Parti québécois, son meilleur depuis une décennie. Alors que les sondages pronostiquaient une victoire écrasante des libéraux et un score de 30 % pour le Parti québécois, la formation indépendantiste a confondu les sceptiques en obtenant plus de 35 % des suffrages. Le PQ aura 51 députés dans la nouvelle Assemblée, soit la plus forte députation pour un parti d'opposition à l'Assemblée nationale depuis les années 60. Le parti indépendantiste a bénéficié de la grave crise politique au gouvernement fédéral à Ottawa, qui a ravivé de vieilles querelles entre francophones et anglophones au Canada.

Le Parti québécois avait été relégué en troisième position lors des législatives de 2007 avec un maigre 28 % et une récolte de 36 députés, sa deuxième pire performance depuis sa fondation il y a quarante ans. Cette défaite avait provoqué une onde de choc chez les indépendantistes, forcé à la démission leur chef André Boisclair et remis en cause leur objectif cardinal : l'organisation d'un troisième référendum sur l'indépendance du Québec, après leurs défaites en 1980 et 1995, la seconde fois par une faible marge.

dimanche 7 décembre 2008

Quel « coup d'État »?

Le texte suivant est cosigné par Laurence Bherer, Graciela Ducatenzeiler, Pascale Dufour, Jane Jenson, Éléonore Lépinard, Christine Rothmayr et Marie-Joëlle Zahar. Les auteures sont professeures au département de science politique de l'Université de Montréal.

Le gouvernement Harper récemment élu a dénoncé une tentative de «coup d'État» de la part des partis de l'opposition. Des attaques concertées menées par des conservateurs ont également nourri l'idée que l'accord de principe passé entre le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique était illégitime, voire anticanadien sous prétexte que le gouvernement serait composé de plus d'un parti et qu'il exclurait celui qui a obtenu le plus de sièges lors des élections d'octobre. Mais museler la majorité des parlementaires, est-ce vraiment là une solution plus démocratique?

En prorogeant la session parlementaire jusqu'à fin janvier, Stephen Harper a cherché à sauver son poste de premier ministre. Mais, en suspendant le débat démocratique et en bloquant la possibilité d'une coalition gouvernementale, il a aussi et surtout légitimé un État d'exception. Ce gouvernement sans Parlement rappelle une situation par trop familière dans le monde, mais qu'on ne soupçonnait pas possible au Canada.

En dépit de sa constitutionnalité apparente, la décision de suspendre le Parlement mine la démocratie d'une manière beaucoup plus profonde et dangereuse qu'une coalition ne l'aurait fait.

Le Canada est une démocratie représentative, basée sur le principe du gouvernement responsable, pilier du modèle de gouvernement parlementaire de type Westminster. Les Canadiens transfèrent leur pouvoir de citoyens à des parlementaires élus qui jouent, entre deux élections, le rôle de formulation et de médiatisation de leurs intérêts. Nos élus doivent légiférer sur la base de leur programme; toutefois, ils doivent également réagir à des situations imprévues sans nous consulter à l'avance. C'est à l'échéance électorale suivante que nous pourrons sanctionner positivement ou négativement leurs décisions. Une démocratie représentative solide implique à la fois un lien de confiance et la reconnaissance des risques encourus, tant pour les électeurs que pour leurs représentants.

Gouvernement responsable

Le système politique canadien est aussi construit sur le principe du gouvernement responsable. Depuis le XIXe siècle, ce principe nous protège de l'arbitraire et de la mainmise de l'exécutif (c'est-à-dire du Conseil des ministres) sur les décisions politiques. Pour prendre des décisions importantes, (aujourd'hui définies comme étant celles qui impliquent du financement), le gouvernement doit avoir la confiance de la Chambre, qui se concrétise par le vote d'une majorité d'élus. Après l'annonce de ses mesures d'austérité économique la semaine passée, le gouvernement de Stephen Harper a perdu cette confiance. Mais quand la coalition composée du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique, avec l'appui du Bloc québécois, a proposé de prendre sa place, il a préféré biaiser avec les règles constitutionnelles plutôt que de se soumettre à l'épreuve démocratique d'un vote de confiance.

Depuis 2004, aucun parti ne détient la majorité des sièges au Canada et, dans ces conditions, maintenir la confiance de la Chambre est un exercice périlleux. Plusieurs scénarios existent pour s'assurer que le gouvernement ait l'appui de la majorité des parlementaires. Le premier, que nous avons connu jusqu'ici, donne le pouvoir de former un gouvernement au parti politique qui a obtenu le plus de sièges. Mais ce n'est pas le seul. Si le Parlement en vient à retirer sa confiance à un gouvernement, quelle qu'en soit la raison, les autres partis peuvent légitimement proposer un autre scénario permettant d'atteindre cette confiance. C'est ce que la coalition du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique proposait.

Qualifier la proposition de gouvernement par coalition de coup d'État revient à confondre une procédure constitutionnelle et légitime utilisée dans des circonstances exceptionnelles avec la situation autrement sérieuse dans laquelle nous sommes. Avec un tout nouveau Parlement prorogé une quinzaine de jours à peine après le discours du Trône, simplement parce que le premier ministre risquait de perdre son vote de confiance, les Canadiens sont en train de vivre dans un État d'exception déclaré. De la prorogation du Parlement à la formation d'une coalition, le coup de force n'est pas là où l'on croit.

vendredi 28 novembre 2008

Pour une coalition PLC-NPD

- Attendu que le gouvernement conservateur n'ait proposé aucune mesure interventionniste dans son énoncé économique en cette période d'incertitude alors que tous les autres pays du G20 ont déjà agi pour amoindrir les soubresauts;

- Attendu que la proposition de supprimer le financement public des partis politiques, qui nuirait principalement aux partis de l'opposition et aux tiers partis, semble strictement partisane;
Mise à jour (29 novembre) : le PCC retirerait cette résolution.

- Attendu que les propositions de suspendre le droit de grève des employés de la fonction publique fédérale et des prolonger indéfiniment le délai des démarches d'équité salariale soient inacceptables;
Mise à jour (1er décembre) : le PCC retirerait ces résolutions.

- Attendu que le gouvernement conservateur ait perdu la confiance de la Chambre des communes;

- Attendu que le Premier ministre sortant ait demandé à la population de s'exprimer publiquement sur cette crise politique;

- Attendu que le constitution canadienne permette à la Gouverneure générale de désigner un nouveau gouvernement en tenant compte des résultats des dernières élections fédérales;

- Attendu que les suffrages électoraux du Parti libéral du Canada et du Nouveau parti démocratique (44,4%) surpassent ceux du Parti conservateur du Canada (37,6%);

- Attendu que le Bloc québécois ait confirmé qu'il était disposé à appuyer un nouveau gouvernement;

- Attendu qu'une motion de non confiance devrait être déposée prochainement;


C'est pourquoi le soussigné demande au PLC et au NPD de former une coalition gouvernementale.



Les membres du site de réseautage social Facebook sont invités à rejoindre les groupes For a Coalition Government in Canada/Pour un gouvernement de coalition au Canada et I'm a part of the 62% majority/Je fais partie de la majorité de 62%.

En outre, un regroupement de citoyens canadiens, constitué suite aux élections fédérales de 2008, s'évertue à promouvoir une coalition progressiste.

vendredi 31 octobre 2008

Présidence étasunienne : un nouveau départ

Quarante ans se sont écoulés depuis l'assassinat de Martin Luther King. Robert Kennedy avait garanti qu'avant la fin d'un terme de 40 ans, l'Amérique élirait un premier président noir. Quarante ans, c'est cette année.
- La Presse


samedi 11 octobre 2008

La parole de David Suzuki

Que constatez-vous dans la campagne électorale en cours?
Qu'il y a un fossé entre les partis de l'opposition, qui ont tous une plateforme environnementale solide, et le parti au pouvoir, qui a choisi de s'isoler sur cette question.

Et pourtant, il mène dans les sondages...
C'est vrai. Mais il se dirige vers un gouvernement minoritaire. Or, si on additionne les appuis des libéraux, du NPD et des verts, qui ont une plateforme environnementale similaire, on constate que la majorité des électeurs s'opposent aux conservateurs. Cela nous ramène au problème fondamental de notre démocratie, qui permet à une formation n'ayant récolté que 40% des voix de former un gouvernement majoritaire.

C'est un problème?
Absolument! Je n'ai jamais voté pour un parti qui a pris le pouvoir. Mon vote a donc toujours été gaspillé. Ce n'est pas une démocratie! C'est une tyrannie de la minorité, qui profite de la division du vote majoritaire!

mercredi 24 septembre 2008

Élections fédérales : Les représentations québécoises au sein des partis politiques





Les faits saillants
- Prépondérance prononcée des hommes au Parti conservateur et au Bloc québécois;
- Nombreux candidats chevronnés au Bloc québécois;
- Candidats essentiellement inexpérimentés au NPD et au PLC
;
- Formation académique des candidats globalement comparable;
- PCC tourné vers le monde des affaires;
- PLC et BQ se rapprochent d’une représentativité équilibrée de la population;
- NPD investit par la fonction publique et par les travailleurs communautaires.

Sources : Sites officiels des quatre partis politiques

Le Parti libéral, le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique disposent de 75 candidats. Le Parti conservateur, quant à lui, ne présente pas de candidat dans Portneuf-Jacques-Cartier - la circonscription représentée par André Arthur - ce qui porte ses candidatures québécoises à 74.
Par ailleurs, au moment de la compilation des informations, le curriculum de 19 candidats néodémocrates n’était pas disponible ; les données du NPD ne concernent donc que 56 candidats.

lundi 22 septembre 2008

Élections fédérales : Aurons-nous un gouvernement de coalition?

Lors d'une entrevue accordée lundi au réseau CTV, le chef du Nouveau parti démocratique, Jack Layton, a révélé qu'il pourrait accepter de former un gouvernement de coalition avec les libéraux de Stéphane Dion pour contrer la victoire de la droite conservatrice incarnée par les troupes de Stephen Harper. Cette possibilité ayant rarement été envisagée lors des campagnes électorales canadiennes, analysons-la sommairement.

Avant tout, il est nécessaire d'exposer les particularités d'un gouvernement élu démocratiquement. Pouvant être désigné comme étant majoritaire, s'il obtient une majorité de sièges au parlement, ou minoritaire, s'il ne fait élire qu'un plus grand nombre de candidats par rapport à ses adversaires, le gouvernement sera constitué des représentants d'un ou de plusieurs organisations politiques (parti unique ou coalition).

Il importe aussi de rappeler que la formation du gouvernement au Canada possède une longue tradition favorable au gouvernement majoritaire, l'expérience des gouvernements minoritaires relevant de l'exception ; les gouvernements fédéraux canadiens formés d'un seul parti politique ont quant à eux toujours été préférés aux coalitions, sauf en 1917. Les politologues imputent cette tendance à notre mode de scrutin majoritaire, lequel permet aux grands partis (PCC et PLC) de battre leurs concurrents en bénéficiant des distortions entre les résultats électoraux et la répartition des sièges parlementaires. Ces « primes au vainqueur », qui mènent à la liberté d'action législative procurée par les gouvernements majoritaires, pousseraient les partis à écarter les coalitions. Ainsi, le parti politique arrivant premier lors des élections remporte généralement suffisamment de sièges pour former la majorité.

Quand est-il des autres gouvernements issus du même mode de scrutin dans le monde? Selon une étude portant sur les systèmes parlementaires majoritaires entre 1972 et 2002, les résultats abondent dans le même sens qu'au Canada :
  • 71% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Angleterre, Canada, Québec)
  • 21% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Inde, Saskatchewan en 1999)
  • 7% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Canada en 2006, Québec en 2007)
  • 2% de cas - Gouvernement de coalition minoritaire
Une étude similaire appliquée aux systèmes proportionnels et mixtes prouvent que les stratégies électorales varient vraisemblablement, entre autres, en fonction des modes de scrutin, les résultats différant de l'étude précédente :
  • 12% des cas - Gouvernement de parti unique majoritaire (Allemagne en 2002)
  • 56% des cas - Gouvernement de coalition majoritaire (Israël, Belgique, Nouvelle-Zélande en 2002)
  • 16% des cas - Gouvernement de parti unique minoritaire (Norvège, Suède)
  • 15% des cas - Gouvernement de coalition minoritaire (Pays-Bas en 2002, Lituanie en 2006)
La suprématie du gouvernement majoritaire dirigé par un seul parti au Canada s'explique également par la propension du mode de scrutin majoritaire à générer des gouvernements stables et inflexibles. En dépit de ces dispositions, la sympathie des Canadiens à l'égard des gouvernements minoritaires, qui ont vécu cette expérience dernièrement, laquelle requérait la collégialité et les consensus, pourrait nourrir l'idée d'une coalition entre certains partis politiques. En 1980, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau, qui aspiraient déjà à un gouvernement majoritaire, souhaitaient que les néodémocrates forment une coalition avec eux. Peu représenté dans l'Ouest, contrairement au NPD, le PLC se souciait de l'unité apparente du pays dans la foulée du conflit constitutionnel avec le Québec ; la coalition aurait donné l'impression que les députés canadiens pouvaient être solidaires sur le plan politique. Le chef du NPD de l'époque, David Lewis, avait décliné le pacte libéral.

Pour en revenir à l'actualité, la stratégie néodémocrate viserait à limiter la division des partis positionnés au centre et à la gauche de l'échiquier politique dans le but de freiner la montée des conservateurs. D'autant plus que ces derniers se rapprochent d'un éventuel gouvernement majoritaire (155 sièges) qui leur offrirait les moyens de déposer des projets de loi et de les adopter sans se soucier de l'opposition. Afin de vérifier si le partenariat entre le PLC et le NPD est réaliste et réalisable, il peut être intéressant de comparer les prévisions électorales publiées sur certains sites Web dont la méthodologie a déjà été éprouvée.

DemocraticSpace (20 septembre)
PCC 144 sièges
NPD/PLC 121 sièges (89+32)

Election Prediction Projet (20 septembre)
PCC 111 sièges
NPD/PLC 91 sièges (73+18)

Election Stock Market (22 septembre)
PCC 147 sièges
NPD/PLC 125 sièges (83+42)


Pour le moment, compte tenu des présentes prévisions, la coalition ne serait pas à même de former le gouvernement, mais l'annonce d'une entente formelle pourrait inciter les électeurs verts et bloquistes à se tourner vers elle. La popularité de Jack Layton - un sondage effectué en septembre signalait que les Canadiens considéraient que le chef néodémocrate ferait un meilleur premier ministre que Stéphane Dion - confiné au troisième rang et la déroute appréhendée par les libéraux pourraient exercer des pressions de parts et d'autres.

jeudi 11 septembre 2008

Élections fédérales : Vote raisonné ou raisonnable?

Le billet d'aujourd'hui, dont les thèmes ont été traités par Renart L'éveillé dernièrement, se penche sur l'abstentionnisme et le vote stratégique au Canada.

En cette période électorale, bon nombre d'électeurs se questionnent sur la pertinence d'exercer leur droit de vote.

Voter ou s'abstenir?
À cet égard, commençons par évaluer les coûts et les bénéfices du vote selon la théorie du choix rationnel. D'un côté, le temps alloué à la collecte d'informations menant à la prise de décision et le temps consacré aux déplacements et à l'attente au bureau de scrutin le jour du vote sont des coûts relativement faibles. De l'autre côté, l'apport anticipé des politiques proposées par les partis s'avère être l'un des bénéfices majeurs pour l'électeur. Il importe cependant de souligner que cet apport n'est tangible que si les partis annoncent des engagements différents les uns des autres et si les partis réussissent à rejoindre les véritables préoccupations du citoyen. De plus, la victoire du parti dans la circonscription doit être incertaine pour que l'électeur ait des raisons d'aller voter, sans quoi son vote sera futile dans un mode de scrutin pluralitaire uninominal comme le nôtre. Dans le même sens d'idée, le second bénéfice se matérialise si le suffrage de l'électeur est décisif. Pour que ce dernier le soit, son vote devra faire une différence, ce qui est rarissime. En effet, un vote n'est décisif que lorsque le seul suffrage de l'électeur permet au candidat d'être élu à la majorié simple ou absolue. Cette situation ne survient pratiquement jamais puisqu'elle nécessite une égalité préalable presque parfaite entre les partis (vote décisif = victoire du candidat par une seule voix de majorité).

Face à des coûts négligeables et à des bénéfices presque nuls, l'électeur rationnel serait théoriquement porté à s'abstenir de voter. Pourtant, force est de constater que la majorité des électeurs participe aux élections. Pour justifier cette réalité, certains penseurs soutiennent que les citoyens se prévalent de leur voix pour ne pas miner le taux de participation et la démocratie. D'autres affirment que si tous les électeurs étaient rationnels, ils n'iraient pas voter en raison de ces bénéfices insignifiants ; un seul vote ferait alors la différence, ce qui convaincrait plus d'un citoyen de s'exprimer par la voie électorale. Finalement, quelques auteurs défendent l'idée selon laquelle le « bon citoyen » a le devoir moral de voter, au nom du bien commun et de la viabilité du processus démocratique.

En revanche, si l'électeur décide de participer, il devra réfléchir au sens qu'il souhaite attribuer à son vote. Attardons-nous à ses possibilités.

Sincérité ou stratégie?
Le « vote sincère » se définit comme étant un vote accordé au candidat d'un parti que l'électeur privilégie pour des raisons idéologiques, partisanes et/ou normatives. Le « vote stratégique », lui, est un vote qui tient compte des préférences de l'électeur, mais qui anticipe aussi le résultat des élections (prévisions) pour être « efficace ». Il est également appelé le « vote calculateur ».

De ce fait, l'électeur-stratège n'est pas rationnel selon la théorie présentée dans la première partie du billet puisqu'il croit à tort que son vote sera décisif. Par ailleurs, cet électeur devra être très bien informé pour agir selon cette logique. Pour ces raisons, d'après les travaux d'André Blais (1988, 1993, 1997, 2000), professeur en études électorales à l'Université de Montréal, le vote stratégique est marginal ; il ne concernerait qu'entre 3 et 5% des électeurs canadiens. Blais explique ce constat empirique en arguant que les partisans des tiers partis surestiment les chances de ceux-ci et évitent donc de songer à voter stratégiquement. Il remarque aussi que l'intensité des préférences était bien souvent trop élevée pour que les partisans ne délaissent leur premier choix au profit d'un vote stratégique.

Suggestions aux indécis
Étant donné que le mode de scrutin canadien n'est pas proportionnel et que votre vote n'aura un impact qu'au niveau local, observez la situation de votre circonscription électorale avant de prendre votre décision.

- Si vous résidez dans une circonscription de type « château fort » (la partie est jouée d'avance) et que le candidat du parti qui domine largement les autres ne figure pas parmi vos préférences, vous pouvez voter pour le parti qui se rapproche de vos intérêts ou de vos idéaux sans vous soucier des résultats (« vote sincère »). Même si votre suffrage n'aura aucune effectivité, une prime annuelle de 1,75$ sera versée à l'organisation ayant obtenu votre vote en vertu de la règle sur le financement des partis politiques. Rappelez-vous qu'un tout autre vote de votre part n'aurait eu aucune incidence sur la réélection du candidat sortant.

- Si vous résidez dans une circonscription où la lutte est serrée entre un candidat d'une organisation que vous ne voulez pas voir gagner et un candidat d'un parti que vous respectez , il est primordial de voter pour ce dernier (« vote stratégique »). Bien que votre vote ne sera déterminant que si l'écart entre les deux partis est infime, il est préférable de ne pas courir le risque d'appuyer un tiers parti.

- Si vous résidez dans une circonscription où la lutte est serrée entre des candidats de partis que vous n'affectionnez pas particulièrement, vous pouvez octroyer votre vote au candidat qui risque de ne pas vous incommoder (« le moins pire »), ce qui pourrait empêcher le(s) candidat(s) indésirable(s) d'être porté(s) au pouvoir.